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Actualités - Journal de L'A.E.E.M.O

Malgré le Temps…(Texte de René Montaner-Sur une musique de Léo Ferré)

jeudi 28 juin 2012 à 10h18 par Equinoxe B.

Malgré le Temps…(Texte de René Montaner-Sur une musique de Léo Ferré)

Malgré le Temps…(Texte de René Montaner-Sur une musique de Léo Ferré)


Malgré le temps qui passe …oui…je m’souviens
Je m’ souviens des vieilles rues de notre quartier et des lieux qu’on aimait.
Parmi les images qui me reviennent en mémoires, je revois :

- La petite Place Kléber où je suis né… avec ses trois palmiers et son bassin toujours à sec!
- La place de la République… avec sa fontaine et son kiosque à musique.
- Le clocher de l’église Saint Louis …et ses cigognes en hiver
-La rue de l’Arsenal descendant vers la « calère »…avec ses ruelles, ses rampes, ses maisons basses et fleuries, comme en Andalousie, et le célèbre « Caminico dé la Muerté » qui donnait le vertige aux petits…mais pas seulement !
-La rue Haute et Basse… d’Orléans…bien sur…artère principale de la Marine où, petits et grands Cafés se succédaient ...pour étancher toutes les soifs …fêter les succès …ou noyer les chagrins.

Je m’souviens aussi …
-Des feux de la St Jean… qu’il nous fallait sauter pour faire partie des grands
-Du Ciné « le Familia », avec son rideau rouge, ses fauteuils garnis…de puces et son WC …mal odorant
-Des files d’attente… aux fontaines pour aller chercher l’eau douce …qui manquait aux robinets
-Et enfin… dressée devant l’incontournable Réplacette et son petit muret…notre imposante et impressionnante école Emerat…siège de tous les savoirs, de tous les devoirs et de tous nos maux d’enfants.
C’est grâce à elle et avec l’aide d’une ancienne photo de classe, que notre ami Jean Claude a réussi à nous rassembler, depuis quelques années déjà.

(SUITE) Malgré le Temps… (Texte de René Montaner - Sur une musique de Léo Ferré)

jeudi 28 juin 2012 à 10h15 par Equinoxe B.

(SUITE) Malgré le Temps… (Texte de René Montaner - Sur une musique de Léo Ferré)

(suite) Malgré le Temps… (Texte de René Montaner - Sur une musique de Léo Ferré)

C’est là ,dans cette école Emerat ,que nous avons appris à lire et à compter avec quelques instits qui parfois mal léchés, nous appliquaient des règles … jusque sur le bout des doigts, pour que l’on n’oublie pas …oui…pour que l’on n’oublie pas.

Oui…c’était le temps où notre quartier sentait bon l’Anisette et la kémia…le Tabac de chez « Bastos » et le parfum des filles qui chaloupaient leur démarche, pour « faire un boulevard » sur la Place de la République, le soir venu.

(sur la photo : Jo Bru, René Montaner et Christian Renck)

A ce quartier qui fut celui de nos plus beaux rêves d’enfants et d’adolescents…celui aussi de nos premiers baisers…de nos premières amours…de nos premières cigarettes, le long des quais du vieux port, dominés par la colline de Santa Cruz… je dédie un petit texte chanté sur une musique de Léo Ferré…

Malgré le Temps…malgré le temps, Oui…je m’souviens
Des rues de notre quartier et des places qu’on aimait
Des plages de la Corniche…où nous allions nager
Et d’la musique d’Elvis qui nous faisait rêver…

Malgré le temps…malgré le temps, oui…je m’souviens,
D’un bateau s’éloignant de l’horloge d’un quai
D’un adieu à la terre sur laquelle nous sommes nés,
D’une vierge, Là-haut, qu’on quittait à jamais
De parents et d’amis dont la vie se brisait
Et d’enfants d’la Marine à jamais dispersés…

Malgré le temps…Oui… Marine …je m’souviens.

(sur la photo : René Montaner)

" La Mona " de Misserghin - René Montaner

jeudi 12 avril 2012 à 20h35 par Equinoxe B.

" La Mona "  de  Misserghin - René Montaner

" La Mona " de Misserghin par René Montaner
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Même si quelques amis me disent et me répètent souvent :

- il ne faut pas trop " Méditer...René ! " ...je ne peux m'empêcher de penser à ces Fêtes Pascales que nous passions souvent,soit sur les flancs de la colline de Santa Cruz,soit dans la forêt de Misserghin qui pour nous, étaient des Hauts-lieux de pélérinage .

Enfant,je me souviens que lorsque nous allions pique-niquer dans la forêt de Misserghin le lundi de Pâques, j'avais comme une espèce de peur bleue,de me retrouver " nez à nez " avec une bête sauvage qui dans mon imaginaire, serait venue de la Montagne des Lions !

Fort heureusement,la présence d'une foule nombreuse et sans doute aussi, le pouvoir miraculeux de l'eau de sa grotte et de sa vierge agissait sur moi comme une cartharsis de toutes ces angoisses et ces peurs que nos parents entretenaient inconsciemment en nous, à travers quelques histoires qui devaient nous rendre...encore plus sage !

En revanche,ce qui m'arriva en ce lundi de Pâques 1953,ne fit pas la Une de l'Echo d'Oran mais pour moi,ce fut un véritable choc !...dans tous les sens du terme.

Imaginez qu'à la fin de cette belle journée champêtre et après avoir dégusté de bons morceaux de "Mona" que ma mère et mes tantes venues d'Aïn el Turck avaient préparées, il nous fallut,reprendre l'autocar pour rentrer à Oran.

La foule était nombreuse,la file d'attente longue et la route sur le bas côté de laquelle nous attendions plutôt étroite.

Les chauffeurs avaient beau jouer du klaxon, peu de gens s'écartaient pour leur faciliter le passage.
La tension était forte , des cris commençaient à s'élever ici ou là ,et soudain,une grande bousculade se produisit dans la file d'attente.

(Suite ci-dessous)

" La Mona " de Misserghin - René Montaner (suite)

jeudi 12 avril 2012 à 20h33 par Equinoxe B.

Comme tout le monde ,je fus pris dans le mouvement et je me retrouvais soudain propulsé entre les roues arrière et avant de L'autocar qui arrivait!

C'est alors que,dans un mouvement de réflex inouï ... mon père, qui ne m'avait pas quitté des yeux , me tira par le col de la chemise et m'arracha avec force ... de cette situation qui aurait pu , bien mal se terminer pour moi..
Cependant,ma jambe gauche,la moins leste ,bien entendu, n'avait pas réussi à se dégager à temps et une roue de l'autocar passa... sur ma chaussure!
Pris de panique,mes parents alertèrent les secouristes de la Croix Rouge qui se portèrent rapidement à mon secours.
Aprés m'avoir examiné "de la tête aux pieds!" ils rendirent leur diagnostic:
- votre enfant , n'a rien de cassé ...sauf ...le bout de sa chaussure qui,soit dit en passant,à fort bien résisté...à la pression des pneumatiques. Il ne s'en tire pas trop mal ,finalement !...
Est-il besoin de préciser ici que, ces chaussures que je mettais pour la première mais aussi pour la dernière fois... venaient d'être spécialement achetées pour les fêtes de Pâques ..." chez le célèbre bottier Benguigui ! " de la Place de la République. Autrement dit ,c'était du solide...fait pour tenir pendant un an au moins,sans la moindre réparation !
J'en fus quitte pour la peur et j'eus même droit au soutien physique et moral de deux charmantes secouristes qui me firent boire de l'eau de leur gourde.
A Misserghin...ça ne pouvait être que de l'eau de la fontaine miraculeuse !

Finalement, l'incident eut quand même un effet bénéfique pour l'ensemble ma famille,car nous fûmes autorisés à monter,en priorité, dans le premier autocar en partance pour Oran.
A la lumière de cette histoire ( authentique en grande partie...) n'allez pas croire qu' il vous suffirait de vous laisser marcher sur les pieds... pour gagner quelques places ou quelques faveurs !
Les temps ont bien changés...Néanmoins,je garde et garderai toujours un souvenir ému de ces Pâques à Misserghin .

Aujourd'hui,lorsque je me rends à Nimes Courbessac pour la réunion des " Gens de la Marine Oranaise" qui a lieu chaque premier dimanche d'Octobre,je ne manque jamais d'aller me recueillir devant la statue de la Vierge de Misserghin qui avec celle de Santa Cruz ,sont réunies dans ce même sanctuaire, pour notre plus grand bonheur.

"Bonne Mona " à tous les amis de la Marine qui se réuniront dimanche prochain à Châteauneuf-les-Martigues ; je suis certain qu'ils "prendront leur pied ...noir,évidemment ! " en faisant danser leurs cavalières et qu'ils termineront cette belle rencontre... en chantant tous en choeur :
" Viva la Mona...viva la Mona de Misserghin !".

" Pascalement" et Amicalement vôtre...
René

Poème "L’ EXIL " - René Montaner

jeudi 2 février 2012 à 10h48 par Equinoxe B.

L’ EXIL
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Cinquante ans ont passé depuis ce triste été
Où nous avons quitté la terre où nous sommes nés
Sans avoir eu le temps de lui faire des adieux
Une valise à la main et des larmes plein les yeux

Nos regards étaient sombres et noire notre colère
Devant le lâche aveu de ce haut militaire
Qui avec deux étoiles avait promis la paix
Du balcon d’un palais au Forum d’Alger.

Adieu donc nos espoirs en cette fraternité
Adieu toutes ces promesses, oh ! si vite oubliées
Il nous fallait choisir dans cette tragédie
De quitter le pays ou d’y laisser la vie.

Adieu ces paysages qui nous ont tant marqués
Adieu ce ciel si bleu sous lequel on rêvait.
Où parents et aïeux, pour chasser la misère
Ont travaillé si dur, pour cultiver ces terres.

L’exil est douloureux même cinquante ans après
Car chaque jour qui passe n’effacera jamais
L’amour que nous portons, précieux, comme un bijou
A l’Algérie Française…qui vit toujours en nous.

René Montaner

Des Vœux…et une valise de Souvenirs - René Montaner

mardi 17 janvier 2012 à 16h14 par Equinoxe B.

Des Vœux…et une valise de Souvenirs


Difficile de présenter nos vœux de bonne et heureuse Année 2012 , sans nous souvenir qu’il y a 50 Ans, le vent de l’Histoire… celle qui s’écrit avec un grand H…nous a rendus à jamais orphelin de la terre où nous sommes nés.

Non !
…nous ne pourrons jamais oublier le parfum des lauriers roses qui embaumaient la place du village d’Aïn el Turck (berceau de ma famille), les soirs d’été.

… nous ne pourrons plus jamais nous asseoir en groupe, avec parents et amis, devant le seuil de nos maisons et écouter nos anciens nous raconter des histoires venues du sud de l’Espagne ou du Nord de l’Italie…
…nous ne pourrons plus jamais encore, goûter à ce plaisir simple de « Prendre le Frais » en prêtant l’oreille aux contes que mon cousin « Jojo Botella » nous racontait avec beaucoup d’humour et qu’il savait arrêter au bon moment, de telle manière qu’il était à peu près certain, de nous retrouver le lendemain soir, assis à la même place, afin d’en écouter la suite.
Shéhérazade elle-même, n’aurait pas mieux fait !

Non !
… nous ne pourrons plus jamais nous amuser à compter le nombre de tours rapides que faisait le rayon lumineux du phare du Cap Falcon pour se signaler aux navires côtiers (il me semble qu’il y en avait cinq), avant de s’en aller faire « le grand tour du ciel » afin que les bateaux plus lointains puissent l’apercevoir et poursuivre leur route maritime…en toute
sécurité.

Des Vœux…et une valise de Souvenirs (suite)

mardi 17 janvier 2012 à 16h12 par Equinoxe B.

Des Vœux…et une valise de Souvenirs (suite)

On pourrait longuement poursuivre la liste de tous ces petits tableaux de la vie du village en reparlant des séances de rasage chez le coiffeur où les hommes aimaient à se retrouver pour échanger les dernières nouvelles ou encore des promenades que nous faisions devant les beaux cafés où la clientèle était surtout composée de touristes et de baigneurs venus d’Oran.

Ah !... comment voulez-vous que nous puissions oublier toutes ces petites histoires…comme celle de mon grand-père Vincent Mengual qui, un beau matin de l’année 1910, décida de quitter Aïn el Turck avec toute sa famille (quatre filles et un garçon) pour courir une nouvelle aventure au Brésil. L’immigration vers ce pays était alors très forte car les nouveaux arrivants, bénéficiaient de grandes propriétés agricoles.
Tout se passa bien pour lui durant les quatre premières années de son séjour. La culture du coton du tabac et du café lui assurait un revenu substantiel qui lui permettait d’envisager un avenir florissant.
L’ennui (si l’on peut dire !) c’est que parmi ses quatre filles, ma tante Thérèse qui était la deuxième de la lignée, était la seule à savoir lire et écrire. C’est elle qui entretenait une correspondance assez régulière avec le reste de la famille restée à Aïn el Turck. Par la même occasion, elle écrivait, secrètement, quelques billets doux à un beau garçon du village qui s’appelait Sauveur Vasquez (alias Salvoret) qui devint quelques années plus tard son époux .Son cœur était donc resté au village…
Comme, par ailleurs, elle avait une grande influence sur sa mère, elle lui fit admettre que la culture du coton qui représentait plus de la moitié de leur production, était trop pénible pour des filles et que, finalement, la vie leur était bien plus douce sur les bords de la Méditerranée.
Lorsqu’il fut informé de leur souhait, mon grand père pris la chose de forte méchante humeur. Toutefois, il comprit très vite qu’il ne viendrait jamais à bout de la ténacité de ses cinq femmes qui se montraient chaque jour, plus déterminées dans leur désir de retourner vivre au village.
Las de voir que ses enfants et son épouse n’étaient finalement, pas heureux dans ce pays de cocagne, il finit un jour, par leur dire ceci :

« - Ecoutez moi bien…

Demain matin je vais me rendre au marché de San Paulo (Sao Paulo) par l’autobus de 8 heures.
Je dois aller chez les producteurs de coton afin de négocier avec eux, un nouveau contrat pour les années à venir.
Si, par malchance, je n’arrive pas à vendre mon coton à un prix raisonnable, et à conclure un bon accord pour les futures récoltes, je prendrai alors une grave décision.
Alors, surveillez bien le retour de l’autobus de Sao Paulo qui arrive vers 18 heures.
Si vous me voyez en descendre avec une valise à la main, alors… ce sera le signe que nous repartons dans notre pays !... ».

Des Vœux…et une valise de Souvenirs (suite)

mardi 17 janvier 2012 à 16h10 par Equinoxe B.

Je vous laisse facilement imaginer la suite de l’histoire et la joie quasi-générale qui envahit la maison familiale, lorsque la fameuse valise descendit de l’autobus !

Je crois cependant que, seule ma mère quitta le pays à regret car elle trouva que les garçons et les filles , issus pour la plupart de métissages , avaient une couleur de peau « café au lait » qui mettait encore plus en évidence leur gentillesse et leur politesse.
Elle avait aussi beaucoup aimé leurs goûts culinaires, leur musique, leurs chansons et les rythmes de leurs danses qui les rendaient si joyeux et si attachants.

Ah !...il m’est arrivé de rêver au pays du café et du Foot et de me dire que le destin aurait pu me faire naître peut-être… danseur de Samba, joueur de football ou enfant de favelas… qui sait !
Mais finalement, je suis très heureux d’être né autour de la petite place Kléber de la Marine Oranaise qui, pour moi, vaut bien mieux que …le fameux « pain de sucre de Rio » !!

Alors … on comprend un peu mieux pourquoi, dans la Saga des Pieds-noirs, il y a souvent des histoires de valise, de bateaux et de ports …qui hantent nos mémoires.

Nul doute que cette année 2012 sera pour nous tous celle du souvenir, celle de la douleur que nous ressentons encore, au plus profond de Nous-même, lorsque nous pensons et que nous parlons de l’endroit où nous sommes nés.

Nos pensées et notre reconnaissance vont vers toutes celles et tous ceux qui au péril et parfois même au prix de leur vie, ont su résister et se sont battus pour que leurs enfants puissent rester attachés aux valeurs de la France… Voilà sans doute pourquoi …depuis ce douloureux été 62…nous avons pris, encore une fois notre valise … pour ce long voyage qui dure toujours depuis 50 ans… déjà !

Alors…permettez moi enfin et malgré tout, de vous souhaitez une Année 2012 la plus douce et la plus paisible qu’il soit… en espérant que vous vous porterez bien…jusqu’à nos vœux de l’an prochain.

René Montaner

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