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Actualités - Journal de L'A.E.E.M.O

Poème "L’ EXIL " - René Montaner

jeudi 2 février 2012 à 10h48 par Equinoxe B.

L’ EXIL
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Cinquante ans ont passé depuis ce triste été
Où nous avons quitté la terre où nous sommes nés
Sans avoir eu le temps de lui faire des adieux
Une valise à la main et des larmes plein les yeux

Nos regards étaient sombres et noire notre colère
Devant le lâche aveu de ce haut militaire
Qui avec deux étoiles avait promis la paix
Du balcon d’un palais au Forum d’Alger.

Adieu donc nos espoirs en cette fraternité
Adieu toutes ces promesses, oh ! si vite oubliées
Il nous fallait choisir dans cette tragédie
De quitter le pays ou d’y laisser la vie.

Adieu ces paysages qui nous ont tant marqués
Adieu ce ciel si bleu sous lequel on rêvait.
Où parents et aïeux, pour chasser la misère
Ont travaillé si dur, pour cultiver ces terres.

L’exil est douloureux même cinquante ans après
Car chaque jour qui passe n’effacera jamais
L’amour que nous portons, précieux, comme un bijou
A l’Algérie Française…qui vit toujours en nous.

René Montaner

Des Vœux…et une valise de Souvenirs - René Montaner

mardi 17 janvier 2012 à 16h14 par Equinoxe B.

Des Vœux…et une valise de Souvenirs


Difficile de présenter nos vœux de bonne et heureuse Année 2012 , sans nous souvenir qu’il y a 50 Ans, le vent de l’Histoire… celle qui s’écrit avec un grand H…nous a rendus à jamais orphelin de la terre où nous sommes nés.

Non !
…nous ne pourrons jamais oublier le parfum des lauriers roses qui embaumaient la place du village d’Aïn el Turck (berceau de ma famille), les soirs d’été.

… nous ne pourrons plus jamais nous asseoir en groupe, avec parents et amis, devant le seuil de nos maisons et écouter nos anciens nous raconter des histoires venues du sud de l’Espagne ou du Nord de l’Italie…
…nous ne pourrons plus jamais encore, goûter à ce plaisir simple de « Prendre le Frais » en prêtant l’oreille aux contes que mon cousin « Jojo Botella » nous racontait avec beaucoup d’humour et qu’il savait arrêter au bon moment, de telle manière qu’il était à peu près certain, de nous retrouver le lendemain soir, assis à la même place, afin d’en écouter la suite.
Shéhérazade elle-même, n’aurait pas mieux fait !

Non !
… nous ne pourrons plus jamais nous amuser à compter le nombre de tours rapides que faisait le rayon lumineux du phare du Cap Falcon pour se signaler aux navires côtiers (il me semble qu’il y en avait cinq), avant de s’en aller faire « le grand tour du ciel » afin que les bateaux plus lointains puissent l’apercevoir et poursuivre leur route maritime…en toute
sécurité.

Des Vœux…et une valise de Souvenirs (suite)

mardi 17 janvier 2012 à 16h12 par Equinoxe B.

Des Vœux…et une valise de Souvenirs (suite)

On pourrait longuement poursuivre la liste de tous ces petits tableaux de la vie du village en reparlant des séances de rasage chez le coiffeur où les hommes aimaient à se retrouver pour échanger les dernières nouvelles ou encore des promenades que nous faisions devant les beaux cafés où la clientèle était surtout composée de touristes et de baigneurs venus d’Oran.

Ah !... comment voulez-vous que nous puissions oublier toutes ces petites histoires…comme celle de mon grand-père Vincent Mengual qui, un beau matin de l’année 1910, décida de quitter Aïn el Turck avec toute sa famille (quatre filles et un garçon) pour courir une nouvelle aventure au Brésil. L’immigration vers ce pays était alors très forte car les nouveaux arrivants, bénéficiaient de grandes propriétés agricoles.
Tout se passa bien pour lui durant les quatre premières années de son séjour. La culture du coton du tabac et du café lui assurait un revenu substantiel qui lui permettait d’envisager un avenir florissant.
L’ennui (si l’on peut dire !) c’est que parmi ses quatre filles, ma tante Thérèse qui était la deuxième de la lignée, était la seule à savoir lire et écrire. C’est elle qui entretenait une correspondance assez régulière avec le reste de la famille restée à Aïn el Turck. Par la même occasion, elle écrivait, secrètement, quelques billets doux à un beau garçon du village qui s’appelait Sauveur Vasquez (alias Salvoret) qui devint quelques années plus tard son époux .Son cœur était donc resté au village…
Comme, par ailleurs, elle avait une grande influence sur sa mère, elle lui fit admettre que la culture du coton qui représentait plus de la moitié de leur production, était trop pénible pour des filles et que, finalement, la vie leur était bien plus douce sur les bords de la Méditerranée.
Lorsqu’il fut informé de leur souhait, mon grand père pris la chose de forte méchante humeur. Toutefois, il comprit très vite qu’il ne viendrait jamais à bout de la ténacité de ses cinq femmes qui se montraient chaque jour, plus déterminées dans leur désir de retourner vivre au village.
Las de voir que ses enfants et son épouse n’étaient finalement, pas heureux dans ce pays de cocagne, il finit un jour, par leur dire ceci :

« - Ecoutez moi bien…

Demain matin je vais me rendre au marché de San Paulo (Sao Paulo) par l’autobus de 8 heures.
Je dois aller chez les producteurs de coton afin de négocier avec eux, un nouveau contrat pour les années à venir.
Si, par malchance, je n’arrive pas à vendre mon coton à un prix raisonnable, et à conclure un bon accord pour les futures récoltes, je prendrai alors une grave décision.
Alors, surveillez bien le retour de l’autobus de Sao Paulo qui arrive vers 18 heures.
Si vous me voyez en descendre avec une valise à la main, alors… ce sera le signe que nous repartons dans notre pays !... ».

Des Vœux…et une valise de Souvenirs (suite)

mardi 17 janvier 2012 à 16h10 par Equinoxe B.

Je vous laisse facilement imaginer la suite de l’histoire et la joie quasi-générale qui envahit la maison familiale, lorsque la fameuse valise descendit de l’autobus !

Je crois cependant que, seule ma mère quitta le pays à regret car elle trouva que les garçons et les filles , issus pour la plupart de métissages , avaient une couleur de peau « café au lait » qui mettait encore plus en évidence leur gentillesse et leur politesse.
Elle avait aussi beaucoup aimé leurs goûts culinaires, leur musique, leurs chansons et les rythmes de leurs danses qui les rendaient si joyeux et si attachants.

Ah !...il m’est arrivé de rêver au pays du café et du Foot et de me dire que le destin aurait pu me faire naître peut-être… danseur de Samba, joueur de football ou enfant de favelas… qui sait !
Mais finalement, je suis très heureux d’être né autour de la petite place Kléber de la Marine Oranaise qui, pour moi, vaut bien mieux que …le fameux « pain de sucre de Rio » !!

Alors … on comprend un peu mieux pourquoi, dans la Saga des Pieds-noirs, il y a souvent des histoires de valise, de bateaux et de ports …qui hantent nos mémoires.

Nul doute que cette année 2012 sera pour nous tous celle du souvenir, celle de la douleur que nous ressentons encore, au plus profond de Nous-même, lorsque nous pensons et que nous parlons de l’endroit où nous sommes nés.

Nos pensées et notre reconnaissance vont vers toutes celles et tous ceux qui au péril et parfois même au prix de leur vie, ont su résister et se sont battus pour que leurs enfants puissent rester attachés aux valeurs de la France… Voilà sans doute pourquoi …depuis ce douloureux été 62…nous avons pris, encore une fois notre valise … pour ce long voyage qui dure toujours depuis 50 ans… déjà !

Alors…permettez moi enfin et malgré tout, de vous souhaitez une Année 2012 la plus douce et la plus paisible qu’il soit… en espérant que vous vous porterez bien…jusqu’à nos vœux de l’an prochain.

René Montaner

A l’occasion de la Nouvelle Année… * Par René Montaner

vendredi 30 décembre 2011 à 15h05 par Equinoxe B.

A l’occasion de la Nouvelle Année… * Par René Montaner

A l’occasion de la Nouvelle Année…
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Pour finir calmement cette année de navigation… sur le site de l’Aeemo je voudrais tout d’abord ,remercier infiniment, toutes celles et ceux qui ont participé aux contes de Noël portant sur … La Place de La République.
Mille mercis aussi à Bruno pour l’aide précieuse et les conseils éclairés qu’il nous apporte dans la rédaction et la présentation de nos messages. C’est toujours un plaisir pour nous tous, de voir ses animations et illustrations.

Pour revenir d’un mot sur le sujet des contes de cette année, je ne sais pas s’il vous a paru difficile mais pour ma part, j’ai plutôt tendance à penser que, comme le disait si bien, Sénèque …l’Ancien ! (…d’accord…il n’habitait pas la Marine mais quand même…) :

« Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas les faire…mais c’est parce que nous n’osons pas …qu’elles sont difficiles ! »

(Suite ci-dessous)

A l’occasion de la Nouvelle Année… * Par René Montaner (suite)

vendredi 30 décembre 2011 à 14h58 par Equinoxe B.

A l’occasion de la Nouvelle Année… * Par René Montaner (suite)

Suite...

Plus prosaïquement, je souhaiterais qu’en cette année nouvelle, nous ayons le moins souvent possible l’occasion de connaître la peine qui nous envahit lorsque des ami(e) s proches nous quittent.
Que chacune et chacun de nous puisse continuer, pendant quelques années encore, de profiter des joies et du bonheur de vieillir auprès des siens en cultivant « cet art » d’être Papy ou Mamie…
Pour ma part,et malgré le temps qui passe, je reste toujours , comme un pendu à sa corde, très attaché à la petite Place Kléber où je suis né… j’espère la retrouver, au moins en situation virtuelle, dans de nombreux documents, témoignages et autres photos qui ne manquerons pas de ressortir des valises … à l’occasion des manifestations de commémoration du Cinquantenaire de notre exode.

En attendant, notre prochain rendez-vous annuel de Santa Susanna, je vous souhaite à toutes et à tous une très belle et heureuse Année 2012.
Tous mes meilleurs vœux de santé et de succès à l’ensemble des membres de l’équipe dirigeante de l’Aeemo afin qu’ils poursuivent leur délicate mission et réussissent tous ces prochains rendez-vous.

Enfin , et si par hasard,il vous arrivait un beau matin, de croiser dans un port…( je pense en particulier à Toulon) un matelot de la « Royale » portant sur la tête, le fameux béret ( le bâchi) de la Marine Nationale……n’oubliez pas, chères copines de l’Aeemo, de faire comme vous le faisiez , en jouant , pendant le boulevard sur la place de la République… de toucher « la Houppette * » …de ces gars de la Marine… car l’on prétendait que cela pouvait porter bonheur …durant toute une Année, voire parfois,durant toute une Vie !

Avec toute mon Amitié en bleu en blanc…mais en rouge aussi !
René

* cette fameuse houppette… nous l’appelions aussi et plus couramment… le Pompon Rouge !!

Les Contes de NOEL

mercredi 21 décembre 2011 à 17h13 par Equinoxe B.

Je ne pouvais rester muet ou sourd à l’appel de René pour vous conter un épisode sur la fameuse Place de la République »…… !

« …….Entre 15 et 17 ans, nous formions une bande de copains, suffisamment cinéphiles pour aller chaque dimanche voir les derniers films sur les différents écrans des cinémas « d’Enville » (Empire, Régent, Escurial, Century, etc…...voir mon éditorial du journal n°)
Après avoir choisi le long métrage le samedi soir, deux ou trois d’entre nous montaient en ville, le dimanche matin, afin de réserver le nombre de places adéquates, entre 7 et 10 selon les disponibilités des uns et autres. En effet, selon l’horaire de séance, il ne fallait pas arriver, tout frais moulus, à l’heure prévue, car ne subsistaient que les deux ou trois premiers rangs, de quoi devenir « bizouches », vite fait bien fait, à la fin du film.
Ainsi, en ces belles après midi hivernales de chez nous, revêtus de nos beaux costumes/cravates avec boutons de manchettes (excusez du peu !!!), nous gravissions les escaliers de la rue de Gènes, passions devant le Cercle Militaire et les arrêts des bus, puis le Prisunic et parvenions ensuite devant la salle choisie. Là, le rituel d’une queue d’endimanchés nous faisait patienter avant de pénétrer et d’attendre la musique de début de séance, propre à chaque cinéma,
Une anecdote : le pourboire à l’ouvreuse incombait au dernier de la bande ; alors imaginez, les torsions et jeux de jambes pour ne pas se trouver à cette place dans l’allée derrière la demoiselle de service ; la « pauvre » attendait donc l’ultime garnement qui, fouillant ses poches, trouvait une ou deux misérables pièces de 20 centimes sous un regard désapprobateur… !
Le film terminé, nous reprenions le chemin inverse, avec parfois, une variante dans la descente vers notre quartier, à savoir passer par la rue Philippe et glisser le long des rampes de ses escaliers pour aboutir rue Charles Quint et à proximité à la fontaine Aucourt de……………………….. la place de la République.

à suivre....

Les Contes de NOEL

mercredi 21 décembre 2011 à 17h10 par Equinoxe B.

suite et fin....

.......Derrière la fontaine se trouvaient des pissotières où, très souvent, nos besoins naturels, après deux heures de cinéma, devenaient pressants. Chacun de la bande y allait de sa « tontéria » tout en « meando », tout cela, avec l’ idée de complot, partagée par tous, quant à la blague que nous pouvions faire au « Préposé » des lieux , dénommé LEON.
Ce brave homme officiait en effet en tant qu’agent d’entretien et il faut dire que ses capacités intellectuelles ne l’avaient jamais destiné pas à de brillantes études. Aussi, quoi de plus banal pour les « mala-leche » qu’étaient les Marineros de le faire tourner en « bourrique »…. !
Pour notre part, nous avions trouvé un point faible (sûrement pas le seul). Cela consistait, une fois notre « pipi » effectué, de faire semblant de quitter les lieux, de gravir les marches en catimini et de s’approcher tous ensemble, en criant :
« Léon, Léon, ta femme te fait cocu… » et ces mos étaient répétés sans cesse à l’unisson jusqu’ au moment où, nous l’entendions grommeler ; là ; « escapa » et lui, péniblement montant les escaliers de sa pissotière, lancait ses jurons : « Hijos de puta… malasombras… sin verguenza… le premier que j’attrape, je le tue…… » !!!!
Cachés derrières les arbres nous continuions, à tour de rôle : « Léon, Léon, t’es cocu…. » ; le pauvre bougre, ne sachant pas de quel côté venaient les voix, dépité retournait dans sa pissotière…. !
Tels reviennent les souvenirs de la Place de la République……. ! »

A titre d’information, la bande était composée de : Francis C, Francis R, Francis T, Françou B, Jojo G, Christian S, Christian R, Louis P, Antoine A, Jo B.

Jo BRU

Les Contes de Noël

vendredi 9 décembre 2011 à 11h31 par Equinoxe B.

Les Contes de Noël

Après le conte de Marcelle, voici celui de René afin d'inciter les Marineros (as) à poursuivre la série:

« Souvenirs de la Place de la République »

En cette nuit de Noël, une fine pluie tombait sur l’asphalte de la Place de la République.

Dans la lumière blafarde de ses réverbères, quelques passants hâtaient le pas, les bras chargés de paquets volumineux tandis que, les Cafés commençaient à tirer leurs rideaux.
Aux fenêtres des immeubles voisins, on pouvait deviner, grâce au clignotement de leurs lueurs, les guirlandes multicolores qui ornaient les petits sapins de Noël au pied desquels, les enfants allaient découvrir, dans quelques heures, de merveilleux jouets.

Sur la Place, la fontaine Aucour, toujours envahie par un lierre vivace et grimpant, semblait triste de l’absence des enfants du quartier qui venaient souvent y jouer en s’installant sur le dos vermoulu,de deux lions ailés.
Un peu plus loin, vers le milieu de la place, on pouvait apercevoir dans la pénombre, le fameux kiosque à Musique qui souvent, voire très souvent, fit tourner la tête et les jambes ! de pas mal de jeunes du quartier.

En repensant à ce kiosque et en fermant un peu les yeux, il était encore facile d’imaginer, ce qu’était cette fête de quartier qui avait lieu, chaque année, durant la période du 14 juillet.

Là… pendant toute une semaine, la place de la République, la bien nommée ! faisait les 400 coups !
Elle devenait tour à tour, une scène de Music-hall, une piste de danse à ciel ouvert, un parc d’attraction de jeux forains ainsi que le lieu de rencontre idéal des petits et des grands, sans parler bien entendu…des rendez-vous amoureux où s’échangeaient furtivement, les premiers baisers.

C’est dans ce cadre ,tout à la fois magique et magnifique, que je revois encore mon « Grand frère » Guy,à peine âgé de 18 ans, participer pour la première fois, à ce fameux radio crochet qui devait désigner, la plus belle voix du quartier.

Après avoir passé, sans encombre, la phase des éliminatoires, en interprétant la chanson « si toi aussi tu m’abandonnes… » de John William, Guy se retrouva, en Finale, opposé à un très sérieux candidat. Ce dernier qui s’accompagnait à la guitare, commença le premier !

Il chanta « Un mexicain basané…» de Marcel Amont. Il obtint un franc succès car, je crois que ce fut davantage son jeu de scène, plus que sa voix, qui plut au public.
Puis vint le tour de Guy. Dès qu’il attaqua les premières notes de la fameuse chanson « Jezebel », le public retint son souffle. Sa voix de « crooner » mit tout le monde sous le charme jusqu’au final qui fut splendide et couvert en partie, par de vibrants applaudissements.
.......................à suivre

Les Contes de Noël

vendredi 9 décembre 2011 à 11h29 par Equinoxe B.

Les Contes de Noël

Le conte de René (suite):
..........
Dans ces conditions, le jury n’eut aucune peine à départager les candidats tant l’écart à l’applaudi maître fut grand, en sa faveur.
Guy, fidèle à lui-même, et à l’image qu’on lui connaît, eut le succès modeste.
Inutile de vous dire combien, de mon coté, j’étais heureux et fier d’être le porteur de service, auquel on remis les lots du vainqueur et en particulier, un électrophone « Téppaz »
accompagné d’une série de 45 tours de Gilbert Bécaud de Jacques Brel et de Charles Aznavour…

Puis le temps passa…jusqu’à cette fameuse nuit de Noël, dont je vous parlais au début du conte.

Comme Tous les ans, nous allions en famille, assister à la Messe de Minuit du Patronage.
Guy et moi faisions partie de la chorale de monsieur Théodore qui se tenait au balcon, situé au fond de la chapelle.
Une demi-heure avant l’entame de l’office, une rumeur se répandit comme une traînée de poudre.
Monsieur Costa, le ténor soliste de la chorale qui devait faire l’ouverture de la messe en chantant le « Minuit Chrétien » venait d’être « terrassé ! » par la grippe …A la Marine, il ne pouvait s’agir, bien évidemment, que de la Grippe Espagnole !
…C’est dire qu’il n’y avait pratiquement aucun espoir de le voir arriver car il était alité pour au moins quatre jours !
- Comment allons-nous faire ?... se lamentait M. Théodore.
- une messe de Noël sans « Minuit Chrétien » c’est impensable…ajoutait le Père Perin
Le Père Santonja, curé de la paroisse, en pleine préparation et concentration de son homélie sur l’âne le bœuf et l’enfant –Dieu, ne savait plus à quel Saint se vouer …oubliant même, au passage, le vénéré Don Bosco, fondateur de l’ordre des Salésiens dont il faisait partie…
Monsieur Tricot que l’on surnommait plus craintivement et ironiquement « Papa Tricot ! » intervint à son tour au « poulailler ! ».
Grand spécialiste de l’ouverture des portes et placards, il commença par nous rappeler à l’ordre et au silence.
Ensuite et tel St Pierre brandissant la bonne clé de son trousseau, il lança à la cantonade :
- est-ce que quelqu’un parmi vous, se sentirait capable de chanter le « Minuit chrétien ? »

C’est alors que, prenant mon courage à deux mains, je m’exclamais !...

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